CÔTÉ THÉÂTRE

TA GUEULE !

TA GUEULE ! est une farce pour Soprano, Nain et Vieux. La Soprano peut avoir entre vingt et cinquante ans. Le Nain idem. Le Vieux peut avoir l’air vraiment vieux. Les didascalies peuvent être jouées.

1

LE TROU

 

Dans la nuit profonde, c’est L’Internationale – au piano et sans garantie, sans illusion, à cause de la nostalgie qui hante tout être humain digne de ce nom –. Une hypothèse. Maintenant le soleil s’est levé. L’horizon progresse en sagesse sur un champ labouré, de l’autre côté d’une baie vitrée qui embrasse fougueusement toute la largeur du plateau. La Soprano joue du piano en chemise de nuit. C’est dire l’intimité, la sobriété du moment et du lieu. Le piano et son tabouret occupent seuls l’espace intérieur. Le sol est net comme celui d’une kitchenette flamande. Le Nain est recroquevillé sous le piano ; un chien dans sa niche, pas davantage, mais vêtu d’un pyjama. Le Vieux est accoudé au piano. C’est un vieux-beau usé qui sait prendre la pose. Sa tenue est disparate. Nous proposons un gilet pare-balles pourvu des poches nécessaires aux didascalies.

Fin de L’Internationale magistralement exécutée.

LE VIEUX : « Ta gueule, je lui ai dit, ta gueule. Creuse. » Il creusait vite mais pas assez. La terre était gelée. Du béton. On dit ça mais c’est quand même moins dur. Au-dessus il y avait tout pour plaire : les corbeaux, les nuages. Autour c’était la brume et les champs de betterave. Ça soufflait. Un vent qui transperce. On sent ses os, les muscles dessus, les manteaux ne servent à rien. Un coup à attraper une pneumonie, surtout nu-tête comme j’étais. Lui, au moins, à creuser, il n’avait pas froid ; et puis il était du pays, il avait sa casquette. On avait convenu qu’il creuserait. Il creusait. J’allais pas l’aider, chacun son rôle. « On va pas rester jusqu’à la fin des temps ». J’ai dit ça calmement. Il m’a regardé. Il se foutait de moi. Brusquement, il a accéléré la cadence. La pioche a heurté une pierre. J’ai vu une étincelle. Il a jeté la pierre sur le tas de terre et il s’est remis au travai1. Oui c’était un travail. Dix coups de pioche, trois pelletées de terre. Le vent qui siffle. J’ai failli lui prendre sa casquette tellement j’avais froid au crâne, mais l’idée de la crasse et de la sueur qu’il devait y avoir dedans m’a retenu. Objectivement, il travaillait bien. J’aurais pas dû lui faire des reproches. C’est important le travail. Mais je me vengeais du froid. Ça durait depuis un bon quart d’heure. Il a marmonné quelque chose et je lui ai dit de répéter. Il était enfoui dans le trou jusqu’au ventre. Il a répété : « On va quand même pas planter un arbre ». Ça m’a fait rire, lui aussi il a ri. Avec ses dents ébréchées le vent a dû lui siffler dans le gosier. Je lui ai crié de fermer sa gueule et de creuser.

Pour lire l’intégralité du texte, cliquer ici : TA GUEULE !

Les commentaires sont fermés.