POÈMES

LE CIEL SANS BRAS

Le ciel sans bras

une sauvagerie

ou deux

nuit à la nuit

Ne pas renoncer à remonter le temps

les yeux s’étirent

une vague

la faim frotte 1a verge

Le crâne tiède sous les cheveux s’enroule

L’oiseau ailes tournées l’ourlet un peu de sang le matelas est nu

Nous voici vieux épars fluviaux et magnanimes

Sensiblement égal 1’amour a des charmes

l’épaule le ventre luttent

les mains lissent la porosité de la terre

le don des langues se plante dans 1’ombilic les mains

s’élancent de leur socle

suivant les chaumes

rasent le dos

vertèbre

Adam sculpté par Eve

avant le paradis

figuier des lèvres

simultané déduit d’arrache

claquement épars

lapements

lapides

noces oxygénées

fastes féroces

fougues d’amante

Le rêve sautille

statues sous 1’orage

volcaniques

les phalanges la sueur le parfum du drame l’écho des

fantômes

roide mon âme tenait la distance

tant de blancheur la cuisse et son buis quand l’éclair saisi ligoté caressé

déboula

la dame au lit dormait longeant l’huis qu’elle secouait

songe de maïs de raisin sec

elle entrouvrit les doigts et le réveil fila

Autrement dit

se pousser du bec

exigences sommaires

du bandonéon

Nous voici vieux épars fluviaux et magnanimes

Un brin de verveine derrière 1’oreille

les fichues cigales

elle n’aime pas les cigales

elle préfère la verveine

la verveine fait racine d’amour

à condition de le planter en kimono de paysanne

elle gratte la terre arrache l’herbe mauvaise

les manches laissent la peau nue

quand elle lève les bras

voici l’antique coutume des souveraines

une chatte escalade le romarin

les souvenirs filochent sur les parvis

roses

gazes grotesques

parade de bourgeois

barrière de parking

bing

un général à la retraite swingue

l’insolation

Assise sur le monument aux morts elle pense à la verveine

songe incivique repousse la parenthèse

à l’infini

le bleu le gris

beaucoup de vent

les choristes font

ah

on n’entend plus rien sauf sa respiration

elle me gratte la paume

comme aux noces guignols

nous rions bien

serrés dans le soleil

les baisers à la groseille sont délicieux

La saison morte s’achève

la saison s’entortille et s’assèche

fragments de feuilles vertes et de tulipes mauves

pâleur soupçons traquenards troussis Viandox casemates

ligatures les trompes d’eustache bruissent encore mais c’est

à peine et sans ressort

la saison morte s’achève

j’étais sans plaisir sans joie sans douceur sinon sans

peines et sans colère

trafiquant un sang d’encre

juste assez de force pour grossir

une baudruche qui s’envole pas

j’aimais l’amertume

le garrot

les paroisses noctambules

les choses qu’on ne retourne pas

les branches qui s’effondrent sous les oiseaux de proie

Tric-Trac l’épais monarque a cessé de jouir enfile son frac

Nous voici vieux fluviaux épars et magnanimes

Saint-Sébastien reçoit la flèche

d’en bas d’en haut

la poussée est formidable

la nuque bascule si fort vers 1’arrière

cela se passe entre les rochers et le soleil levant

le cœur aussitôt est arraché

noir il git au sol mais personne ne le voit

car Saint-Sébastien regarde la nue

et tous regardent son regard

il a si peur il a si froid

il n’a plus de baiser

Saint-Sébastien reçoit la flèche

et dans son ventre grossit une onde

vermeille

comme fut son cœur

il se tient debout on lui a appris à se tenir face aux

archers

les archers ont posé un genou à terre

ils sont aveugles et ils font mouche

Saint-Sébastien reçoit la flèche

elle le perce lui ne sent rien

et les archers se dressent

à tâtons ils reconnaissent le corps

le corps est souple et chaud

comme celui de leurs femmes

mais ils ne le savent pas

ils ne comprennent pas

le corps est plus lourd qu’avant

plus lourd mort que vif

parole d’archer

comme l’arc est plus lourd sans flèche

le dard plus lourd sans penne une figue écrasée pensent-ils

le cœur

pourtant ils sont pieds nus

puis ils retournent le corps

sans voir la bouche éclose au nom du ciel

Nous voici vieux épars fluviaux et magnanimes

 

L’AMOUR EN CAGE

La cage de l’amour en cage se prélasse sur la mousse

mais l’amour sans cage quel est son nom

 

tantôt il valdingue comme merle en ronces

tantôt pliant sa résille il rougit d’être en cage

à côté d’amours en cage

ou alors les cages se frôlent et l’amour

bouge à peine comme le cœur de l’araignée

au premier moucheron

 

Si l’on est malade d’amour très malade

sans prescription

saisir l’amour en cage entre les lèvres

il palpite dans la cage

ou la cage palpite c’est pareil

la dose habituelle ensorcelle

en cas de force majeure tripler la dose mais prendre soin

de s’étendre le matin à jeun

et du soir au matin sans témoin aucun

la cage de l’amour en cage ouvre sa dentelle et l’amour perd

la boule

 

La cage de l’amour en cage se prélasse sur la mousse

mais l’amour sans cage quel est son nom

 

A ROCHECOLOMBE

Cette langue de pierre dans le pré

rousse et soufre

ocre verte

d’huître soudée

lucioles y frétillent

 

plus bas l’eau

d’une peau immobile

s’inverse

 

le monstre calcaire

d’une faille suit

le scintillement

invisible

 

la langue se perce

coquilles

où doigts s’effritent

dure au gel

mate aux regards

une concrétion

nage

 

Cette ligne aux hanches minérales

crue

sans four ni ciseau

à Rochecolombe

sans parfum

sèche

 

quant aux colombes à Rochecolombe

la langue de pierre les a gobées

(1997)

 

LE SILENCE

C’est vrai

le silence

la voix change avant le silence

après aussi du reste

et pendant

les yeux se baissent

à terre une minuscule araignée écrasée par mégarde

un tuf recouvre l’oeil

 

le vide fait avancer

ou reculer d’ailleurs

nul courage à cela

 

l’instant où l’aiguille se détraque

la nuit où l’aiguille se détraque

la joue se pose sur l’oreiller

nulle dent de lait sous l’oreiller

(25 février 1997)

 

 

 

 

 

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